
Depuis l’Extinction, naître femme est une exception. Des exceptions que la milice traque sans relâche. Jusqu’à la dernière. Jo est en fuite. L’état d’urgence démographique, déclaré trente ans plus tôt lorsque le monde a sombré dans le chaos, a pris un nouveau tournant. Désormais, ce sont toutes les filles de plus de 15 ans qui doivent se soumettre au Devoir de procréation ou rejoindre les Instituts de natalité. Aucune d’elles n’en est jamais revenue. Pourchassée par les autorités, le seul espoir de Jo est de rejoindre l’Union scandinave, encore libre de toute oppression. Mais son plan ne se déroule pas comme prévu. Pour passer la frontière, elle doit s’allier à Edgar, qui a vécu toute sa vie en autarcie et ignore tout du gouvernement qui fait régner la terreur. D’autant plus que le jeune homme a la fâcheuse tendance à attirer des fugitifs dans leur périple… Aculés, ils risquent le tout pour le tout et n’ont plus qu’un objectif : survivre.

Gros coup de cœur pour cette dystopie française terrifiante !
On suit le voyage de Jo et Edgar dans une France dévastée qui est dirigé par un État totalitaire qui ne laisse plus aucune liberté aux femmes. Considérer comme des machines à procréer, elles sont obligées de s’inscrire sur des registres de mariage à partir de l’âge de 15 ans et si elles ne sont pas mariées dans les trois premiers mois, elles doivent se présenter dans des instituts de natalités. Je vous laisse imaginer ce qui si passe… Mais personne n’en ressort vivante.
Dans cette France, la violence et les affrontements sont partout, les hommes, on prit le pouvoir et le masculinisme est la norme. Pourtant, malgré cette violence et l’angoisse permanente que nous donne se livre, il est impossible de le quitter. On a envie de suivre notre petit groupe de dissidents et de voir jusqu’où ils vont arriver à aller, car ils sont extrêmement attachants.
En parallèle, du récit de Jo et Edgar, les chapitres sont entrecoupés par le Journal d’Alma, qui est la mère d’Edgar. Grâce à ces chapitres, on suit l’évolution du régime totalitaire à travers ses yeux et son vécu. C’est un élément très intéressant qui permet de montrer les étapes de la radicalisation du pays. En lisant, ce livre, surtout après la période covid, on se rend compte que cette dystopie n’est pas si éloignée de notre monde et que tout peu partir très vite en cacahuète.
D’ailleurs, dans son avant-propos, l’autrice explique que pour écrire ce roman, elle s’est imposé une règle simple : Ne rien introduire qui n’est pas déjà eu lieu à un moment de l’Histoire ou quelque part sur terre. (Margaret Atwood en avait fait de même pour écrire la Servante écarlate). Le but de la démarche : ne rien inventer et réussi à créer un univers ultra-réaliste, ce qui le rend terrifiant, mais a rendu ma lecture addictive. Je recommande ce premier roman de Tosca Noury, qui est le premier tome d’une duologie.
Attention à proposer à un public de 15/16 ans, car il y a de la violence physique, sexuel et psychologique… Don une scène d’agression sexuelle, bien violente.
- T’en as absolument rien à foutre que toutes les gamines de ce pays finissent avec des mecs de trois fois leur âge et qu’on les force à avoir des gosses à la chaîne pour servir de chair à canon.
- Je n’ai pas grandi entourée de beaucoup de femmes, mais je crois que le système les pousse à se détester les unes les autres, à se considérer rivales plutôt qu’alliées.
- – C’est moi qui ai pris une balle. – C’est moi qui t’ai regardée la prendre
- La France tremble, et moi avec.
- Que vais-je devenir si je ne peux plus marcher ? Ou courir ? Puis-je seulement survivre sans être capable de fuir ?
- Arrivera bien le moment où personne ne sera là pour me sauver la vie.
- Enfermer des gamines et les faire violer pour qu’elles enfantent, c’est plus ton délire, monsieur le président.
- Tu n’as jamais voulu me protéger de quoi que ce soit, sinon tu m’aurais donné les clés pour survivre. Tu ne m’aurais pas isolé du monde, parce qu’en faisant ça, tu m’as condamné. Tu t’es simplement arrangé pour qu’au moins une personne sur cette terre ignore ce que tu avait fait.
- Les étreintes ne peuvent pas durer éternellement.
- L’objectif reste le même. Protéger ceux qui nous sont chers des choses dangereuses, des choses douloureuses. Certains fardeaux pèsent trop lourd pour s’en délester sur d’autres épaules.
- Je sais qu’elle est forte, elle l’a montré plus d’une fois. Mais jusqu’à quand va-t-on lui demander de l’être ? Jusqu’à quand aura t-elle à jouer à l’héroïne d’une histoire qu’elle n’a pas choisie ?
- Mon cœur éclate dans ma poitrine. J’aurais voulu vivre avec elle. Apprendre à tout connaître d’elle. Je crois que je pleure.